Rencontrez Michel Bourassa

 

Article de Pierre Hébert paru au printemps 2002 dans la revue L'Ornithologique du Club d'ornithologie de Trois-Rivières

 

Je connaissais déjà l'endroit pour y avoir fait la pêche sur la glace à la pourvoirie Le Martin-Pêcheur durant plusieurs années; mais je ne connaissais pas le potentiel ornithologique des lieux.  Plusieurs membres du Club d'Ornithologie de Trois-Rivières m'avaient parlé des nombreuses espèces qui passaient par là et c'est pourquoi, un bon jour du mois d'août 1999, je me suis rendu à la pointe de Yamachiche avec mon attirail du parfait ornithologue.

Après avoir pris 15 minutes pour identifier un Chevalier grivelé, je continue à observer tout ce qui bouge à la pointe.  Après 45 minutes d'observation, j'avais déjà à mon actif trois espèces:  le Chevalier grivelé, des Goélands à bec cerclé et un autre que je n'avais pas eu trop de difficulté à identifier car c'était le seul qui dépassait de l'eau, à l'exception, bien entendu, des perches servant de supports aux filets au loin.

À un certain moment, je vois arriver au bout du chemin, un monsieur au crâne dégarni et marchant à côté de son «bicycle».  Alors pour me montrer important avec ma lunette, mes jumelles et mon guide d'identification et pour l'impressionner, je me retourne et le salue.  On parle et il me dit «Avez-vous vu le Faucon émerillon sur l'arbre mort au début du chemin?  Il y a aussi un Héron vert sur la rivière juste là.  Tiens, un Chevalier grivelé, pis à côté, un Bécasseau minuscule; un peu plus loin, des Pluviers kildir et des Bécasseaux semi palmés, dans les hautes berges là-bas un Butor d'Amérique, au large des Canards chipeau et plus loin un Plongeon huard, des Sternes et des Guifettes noires!  HOLÀ! Ça fait 5 minutes qu'il est arrivé et il a vu plus d'oiseaux que moi en une heure.  J'avais même pas le temps de changer de page dans mon livre.  Pourtant à première vue, il ne paraissait pas cela.  Je suis descendu de mon échelle et je l'ai regardé d'une autre façon.

De la manière qu'il se servait de ses jumelles, je lui ai demandé s'il avait cassé une des lentilles.  Il m'a alors répondu:  «C'é pas la vitre de mes jumelles, c'é mon oeil.»  On a jasé encore pendant une autre heure tout en observant ou en écoutant les oiseaux et en m'aidant à identifier; moi avec ma lunette et lui avec son oeil.  Il m'a parlé de pêche commerciale, de marathon, d'observation avec certains d'entre vous, de raretés qu'il a vues seul ou avec d'autres, de ce qu'il avait emmagasiné depuis nombres d'années, de ce qu'il aimerait voir, etc.  Il regardait voler un oiseau au loin et en nommait l'espèce ou bien l'entendant chanter et, en toute humilité, disait:  «Je crois que c'est un tel».  Il avait vu mon attirail et il ne voulait pas m'impressionner par ses connaissances.

Cette année-là, j'y suis retourné pratiquement deux fois par semaine et, drôle de coïncidence, il était là, ou bien il arrivait pas longtemps après (je pense que c'était arrangé avec le gars des vues).  J'ai beaucoup appris avec lui car il était d'une telle patience.  Il prenait le temps de me nommer et de me montrer un oiseau plusieurs fois pour que je puisse l'identifier.  Ça prend du temps car voyez-vous j'ai une mémoire d'éléphant (de porcelaine).  Cette année-là, Michel, car il s'agit de Michel Bourassa, vous l'avez sans doute reconnu, m'en a appris beaucoup sur cet endroit.

Depuis nombre d'années, Michel pratique la pêche commerciale et l'ornithologie.  Il connaît le secteur comme le fond de sa poche, les espèces qui l'habitent ainsi que celles de passage et vient jaser avec ceux qui s'y rendent afin de donner les nouvelles du coin, les espèces nouvelles s'il y en a ou bien celles qui sont déjà passées.  Parfois, il amène certains observateurs vers un endroit spécifique où il a vu une rareté.  Pour des néophytes comme certains d'entre nous et aussi pour d'autres un peu plus chevronnés ce monsieur simple et expérimenté est une excellente source de renseignements pour ceux qui  fréquentent ce haut lieu de l'ornithologie régionale qu'est la pointe de Yamachiche.

Pour tous les bons moments, les observations partagées, les conversations instructives, les renseignements précis; merci Michel.